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Comment on a voulu flinguer mon allaitement

Comment on a voulu flinguer mon allaitement

Cet article, je tenais à l’écrire parce que ce qui s’est passé à la mat’ après la naissance d’Oscar est juste aberrant. Je n’y étais pas préparée, ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit que les choses puissent tourner aussi mal, que j’allais subir ce « harcèlement » (car c’en était un) et être victime d’autant de malveillance. Cet article, je l’écris pour que vous sachiez ce qui peut se passer, que vous y soyez préparée, que vous sachiez comment réagir. Parce qu’avec la fatigue, les hormones, une jeune maman peut vite rendre les armes face à un corps médical insistant.

Un bébé plus gros que prévu…

Bref, revenons à ce 30 juillet 3h42 du matin : Oscar est né ! L’accouchement s’est parfaitement déroulé, la puéricultrice le pèse : 3,520kgs. On est un peu surpris : ma gynéco l’avait estimé à 3,200 kgs à terme, et on est à une semaine du terme. Et l’écho que j’ai passé 3 jours plus tôt l’estime à 3kgs tout rond. La gynéco de garde dit qu’effectivement cela fait une assez grande différence, mais que les erreurs sont fréquentes. Le lendemain ma gynéco me rend visite en chambre, en mode « eh eh je me suis bien plantée sur le poids« .

Peu importe, Oscar a l’air en pleine forme, je souhaite l’allaiter, et je ne me pose aucune question sur l’allaitement, j’y vais vraiment sereine. Après deux allaitements réussis, je sais ce qui m’attend, la montée de lait, les douleurs, j’y suis préparée. A aucun moment je me dis que ça peut foirer.

1ère pesée de bébé : les ennuis commencent

Le lendemain, première pesée de bébé : il a perdu 370g. La nana me dit qu’ils peuvent perdre jusqu’à 10% du poids de naissance, que ça fait un peu beaucoup, qu’il faut qu’elle prenne sa calculette pour voir si ça fait 10%. Je lui fais remarquer que oui, ça fait 10% (pas besoin d’être un caïd en calcul mental, même moi j’y arrive), et que les 10% sont généralement étalés sur plusieurs jours. Là, ça semble beaucoup, et très rapide.

forte perte de poids du nouveau-né

Elle revient après avoir consulté sa calculette : oui, ça fait 10%. (bravo, Sherlock). Elle va en parler à la pédiatre car ça fait trop. Elle amorce un sujet qui me fait bouillonner : il va falloir lui donner un biberon de lait, car visiblement, l’allaitement ne fonctionne pas. La pédiatre nous rend visite plus tard, elle ne fait aucune remarque sur le poids, le trouve en pleine forme. Ca aurait pu s’arrêter là, qu’on se dise : on verra ce que ça donne demain, mais non.

« Vous voyez bien que l’allaitement ne fonctionne pas »

Sa collègue sage-femme prend le relais, et les emmerdes commencent. Je suis coupable : je n’ai pas de montée de lait. Je lui rétorque qu’on est à J+1 et que la montée de lait se fait à J+3, donc rien d’étonnant.

Personnellement je trouve qu’Oscar tète bien, elle trouve que non, elle vient à plusieurs reprises à deux centimètres de mes nichons pour analyser la situation : vous voyez bien qu’il tète mal, sa bouche est mal positionnée, avec tout ce qu’il a perdu le pauvre enfant n’a pas la force de téter. Il faut lui donner un complément de lait infantile. Je refuse. Alors, il faut tirer votre lait. Je refuse aussi. Ca ne l’empêche pas de m’amener dans la foulée un super tire-lait, je lui dis de le mettre dans un coin de la chambre, qu’on verra cela plus tard. Pour moi c’est clair, à J+1, je ne veux pas de lait infantile, et pas lui donner à manger au biberon. J’obtiens un sursis : elle me dit qu’on va recontrôler son poids dans l’après-midi, et le peser avant et après une tétée pour voir ce que ça donne.

Sur la piste d’un mauvais poids de naissance ?

J’appelle mon mari dans la foulée, avec le moral dans les chaussettes, et je lui demande s’il a vu le poids s’afficher sur la balance après la naissance. J’ai dans l’idée qu’elle a pu inverser les chiffres (3,250 au lieu de 3,520g par exemple). Il me dit qu’en réalité; il pesait même 3,540kgs et qu’elle a retiré 20g pour le petit matelas de protection. Par contre il mentionne la présence d’une serviette, et maintenant que je lui dis, pour lui la tare n’a pas été faite.

L’après-midi arrive, mes enfants aussi, c’est la seule visite autorisée en temps de Covid. Je me réjouis de les voir et de leur présenter leur petit frère. Malheureusement la joie est de courte durée, revoilà la sage-femme qui vient peser Oscar : il a encore perdu 30g. Et après la tétée rien ne change : il n’a pas pris le moindre gramme. Conclusion : vous voyez bien que l’allaitement ne fonctionne pas. Vous n’avez plus le choix, il faut tirer votre lait. Je m’exécute la mort dans l’âme, au lieu de profiter de mes enfants me voilà en train de tirer du lait (ou plutôt du colostrum – je suis toujours à J+1). Je refuse le biberon, elle lui donne avec un drain. L’histoire de la serviette est mentionnée, mais vite enterrée, ils doivent se dire qu’on se cherche des excuses.

allaitement et complément au biberon

Là où le harcèlement commence

A partir de là, les visites se multiplient : elles sont trois, deux sages-femmes et une stagiaire, à qui on a certainement dit : viens voir un peu comment on s’y prend quand la maman n’a pas de lait…

Louis un peu perplexe devant ces allées et venues, commente : encore elles ! à la x ème visite. Il leur demande pourquoi maman pleure, on lui répond que maman est fatiguée. Tu parles. Garance, elle ne se gêne pas du haut de ses 2 ans et quelques pour résumer la situation en nous gratifiant avec sa petite voix mignonne d’un magnifique  » Casse les bonbons ». En temps normal j’aurais réprimandé mon mari pour la réutilisation de ses expressions favorites :-), mais c’est tellement approprié qu’elle m’arracherait presque un sourire. La deuxième sage-femme est plus sympa que la première, plus dans l’empathie, elle envoie mon mari acheter des compléments pour stimuler la montée de lait. C’est gentil, mais je reste toujours persuadée qu’attendre le 3ème jour n’est pas dramatique. Qu’il ne faut pas s’acharner sur la montée de lait à ce stade.

« Ce n’est pas à vous de décider s’il faut donner un biberon ou pas. La pédiatre est là pour faire grossir les enfants et faire en sorte qu’ils soient en bonne santé à leur départ »

une super sage-femme de la mat’

Commence alors la pression intellectuelle, en se retranchant derrière la pédiatre : on va en parler à la pédiatre, elle va vous imposer le biberon, c’est pas si grave juste un biberon ou deux, vous le prenez, il reprend du poids, et vous pourrez sortir. On me fait comprendre que le bien-être de bébé passe avant mes convictions et mon souhait d’allaiter. Culpabilise, mauvaise mère, espèce de baba cool qui préfère dénutrir son enfant plutôt que de lui donner du bon lait infantile. On est à deux pas de ça. Moi ça me semble être la fin du monde. Je demande si mon bébé n’a pas une maladie qui lui ferait perdre autant de poids d’un coup : elles me disent qu’il va très bien. Alors ? Alors pourquoi on me fait chier comme ça s’il va bien ?

Nouveau sursis…

J’obtiens un nouveau sursis : je dois faire téter Oscar toutes les deux heures cette nuit, et on verra bien. Je passe la soirée à pleurer, à échanger avec vous sur Instagram, à chercher des solutions. Je trouve deux numéros de la Leche League, je me résous à appeler. Le premier sonne et finit par tomber sur répondeur. Le second est directement sur répondeur. Je réessaie le premier pour laisser un message, au bout de deux sonneries, on me raccroche au nez.

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J’appelle mon mari et je lui dis textuellement : sors moi de là. J’ai l’impression d’être une folle dans un asile, un espèce d’idiote sous tutelle, à la merci d’un personnel soignant digne de Vidéo Gag (mais en moins drôle). Je suis résolue à sortir le lendemain sous décharge. Tout est organisé avec le sage-homme pour le suivi à la maison. S’il y a véritablement un problème, je ferai le nécessaire.

La roue tourne…

A la pesée de J2, Oscar a encore perdu 60g, je ne panique pas car mes deux enfants ont stabilisé leur poids à J3 / J4. La pédiatre arrive, toute joviale, elle qui est décrite comme le grand manitou qui doit faire grossir les enfants à tout prix par ses collègues. Elle me dit d’emblée : je viens pour faire la sortie d’Oscar. Il a perdu, mais on m’a parlé d’une histoire de serviette. Vous avez deux allaitements réussis, il n’y a pas de raison. Elle conclue après l’examen : il est parfait, on ne peut rien lui demander de plus.

J’ai envie de lui sauter au cou quand elle me tend le papier de sortie. Je suis enfin tombée sur quelqu’un d’humain et de sensée ! J’appelle mon mari et je fais mes valises en 4ème vitesse . Le cauchemar s’arrête là pour moi. On s’en tire avec une courbe de poids faussée à jamais sur le carnet de santé, et un poids de naissance qu’on ne connaîtra jamais.

« C’est vrai que ça faisait beaucoup ». Sans blague ?

Bizarrement, tout le monde passe en mode : mais oui, 400g en un jour, c’était pas possible, il y avait forcément une erreur. J’ai envie de les baffer. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est pas possible – ou extrêmement rare, et que le bébé ne va pas bien, que ça se voit. On a préféré me rejeter la faute, moi la mère sans lait à J+1 et son bébé nullos qui ne sait pas téter.

Je repars soulagée, mais aussi amère et déçue que de telles choses puissent se passer dans des maternités. Tout ça pour un vulgaire serviette de 180g. Tout ça pour une nénette qui ne sait pas utiliser un pèse-bébé. Amère que des sages-femmes soient à ce point peu formées pour l’allaitement, et pour la psychologie avec leurs patients. Déçue que mon cas ne soit pas isolé : je ne compte plus le nombre de témoignages que vous m’avez envoyés pour me dire que des histoires semblables vous sont arrivées – dans cet hôpital ou dans d’autres. J’avais déjà flairé le problème à la naissance de Louis (petit rappel dans cet article), 5 ans plus tard, rien n’a changé.

Avec le recul…

Avec le recul, je regrette de ne pas avoir été plus ferme, d’avoir tiré mon lait, de les avoir laissé gâcher mon bonheur et mes premiers jours avec bébé. Mais je suis fière d’y avoir cru, d’avoir persisté, et surtout ravie qu’Oscar ne soit pas mon premier enfant. Sans expérience, sans vécu, il serait déjà probablement au biberon, et moi j’expliquerais à tout le monde que malheureusement l’allaitement n’a pas fonctionné car je fais partie de ces femmes qui n’ont pas de lait.

Renseignez-vous, faites-vous épauler, conseiller, aider et ne lâchez rien les filles. N’hésitez pas à consulter mes autres articles sur le thème de l’allaitement : être informée, c’est déjà être armée pour faire face aux difficultés qui peuvent survenir. Courage !

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